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Dans la tête d'une jeune femme 2008-2018

Dans la tête d'une jeune femme photographies 2008-2018

Dans la tête d'une jeune femme 2008-2018

États-Unis, Taiwan, Espagne, Hongrie, Afrique du sud… En 2008 j’accompagne mon long métrage de festivals en festivals et le 23 décembre je pars à Dubaï, avec la bourse de la villa Médicis hors les murs, en résidence, trois mois.

Je suis partie dix ans.

J’avais sans doute besoin d’agrandir mon champ de visions, mon sentiment de liberté.

C’est donc avec mes idées de liberté que je vis aux Émirats Arabes Unis, que je vais en Afghanistan, en Syrie, en Oman, au Liban, en Turquie, avec cette foi, en la liberté que je passe l’année 2017 dans le nord de la Tunisie.

Moi qui aimais me baigner nue, et aime toujours, crier en haut des collines, boire du champagne, qui supporte mal l’autorité, qui pleure devant les infos, et qui, bien sûr, faisais des photos trash.

C’est ça.

Je reviens à Paris en septembre 2017. Pendant toutes ces années je n’ai cessé de photographier, de filmer, d’écrire. Je n’ai rien montré. J’ai manipulé les images silencieusement.

J’ai repris avec plaisir, avec Alain Gutharc une conversation laissée en suspens. Cette exposition est le fruit de ces années, et de nos retrouvailles.

 

Les photographies que je présente ne sont pas documentaires, et je ne veux rien pointer du doigt – évidemment je pourrais le faire, le réel est parfois généreux. Une grande partie des images a été réalisée dans des pays musulmans mais je n’ai pas voulu orienter mon exposition sur le sujet musulman : je parle de l’interdit ou d’un rêve brisé, du désir, du sentiment de liberté, de la solitude, en mêlant les origines des images - certaines sont françaises et toutes récentes. Prises à des endroits et à des moments différents, elles tissent des liens et entrent en discussion sans frontière. Les rapprochements improbables permettent un dialogue à des éléments qui avaient peu de chance de se rencontrer – ainsi se construisent des phrases nouvelles, et des impressions : je reste du côté poétique de la vie.

Mon regard se pose sur les mondes que je traverse : les signes qui nous entourent, les plans serrés, les espaces vides découpés, les détails bavards, leur ironie… Les photographies ont le luxe de montrer une chose et de parler d’une autre. Le ciel sur l’horizon peut devenir un mur.

Je compte les solitudes ; et nous croise, tous, chacun, seul au bout d’un monde.

Disparitions fixées, traces de religions : les croyances sauvent ou s’enragent, elles deviennent folles. Usées, fatiguées ; on peut aussi les perdre. On peut aussi en rire – sans se faire tuer ?

Les mots photographiés sont brisés, distordus, le sens est perdu – ou révélé dans les cassures du langage, les mises en scène de la vie.

En photographiant on éclaire ce qui est enfoui en nous je crois mais mon histoire fait sûrement écho à d’autres histoires : je saisis ici et là, les désirs de vie, de belle vie et de bel amour.

Il est question des rêves, d’enfant, petits et grands, de gamine, de femme, de mère – rêves bien à nous, doux rêves et rêves interdits, ou conditionnés par nos sociétés, tour à tour mamans, vendeuses, conteuses...

Je vois des rêves de beauté, de princes, de dieux, de gros seins, de richesse, de pouvoir, de vêtements, de dignité, de passeport, de paix.

Et d’horizon.

De fuite, d’élan et d’oubli.

De transgression libératrice.

De rire.

Je chéris l’instant futile de la plus haute importance qui crée la joie.

 

Delphine Kreuter